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il y a le bon chasseur et le mauvais chasseur


Parmi les franchises de science-fiction les plus iconiques du XXème siècle, Predator occupe assurément l’une des places les plus chéries qu’il soit. Il faut dire que la sale bestiole créée par Stan Winston et mise en scène par John McTirernan en 1987 a très vite suscité l’intérêt. Et pour cause : aussi monstrueux soit-il, cet extraterrestre redoutable s’appuie sur un design, de facultés et d’un passé fabuleux qui l’ont vite imposé comme un symbole culturel. Pour autant, quand on s’intéresse à la franchise et à ses œuvres post-Schwarzenegger, difficile de ne pas s’attrister devant le gâchis opéré. Dans le milieu du jeu vidéo, c’est à peu près pareil puisque malgré les capacités jouissives de l’alien, aucun soft n’a vraiment su les exploiter correctement au travers d’une aventure inédite. C’est ainsi qu’arrive IllFonic et son Predator Hunting Grounds, nouveau titre de la saga entièrement multijoueur, s’épaulant d’un concept asymétrique décidément à la mode ces dernières années. Ce nouveau terrain de chasse est-il digne, enfin, de ce personnage délicieusement impitoyable ?

Ces dernier temps, le multijoueur asymétrique est devenu quelque chose de très prisé. On se souvient par exemple d’Evolve, et même s’il a été un échec commercial, le titre a quelque peu ouvert la voie à un tas d’autres jeux, souvent de moindre envergure mais plus pérennes. C’est notamment le cas de Vendredi 13, sorti en 2017 et conçu par le même studio : IllFonic. Véritable surprise revisitant le genre du slasher, celle-ci opposait un joueur dans la peau de Jason contre sept autres, incarnant tout autant de jeunes démunis. Un déséquilibre volontaire des forces qui avait convaincu la communauté, menant tout droit la firme américaine à la réalisation d’un autre projet du type : Predator Hunting Grounds, un jeu édité directement par Sony à destination de sa PS4, mais aussi du PC. Ici, il s’agit de parties en 1 versus 4 avec un Predator, à la troisième personne, contre quatre soldats en vue FPS. Une recette gagnante ? Oui… et non. 

Y’A LE BON CHASSEUR…

Très clairement, Predator Hunting Grounds s’inspire largement du premier long-métrage pour établir son game design : un groupe de quatre soldats (droits dans leurs bottes avec des objectifs militaires à accomplir à tout prix) est lâché dans une épaisse jungle dans laquelle rôde le fameux extraterrestre. Le but de ce dernier est on ne peut plus simple puisqu’il s’agit de repérer puis de tuer les joueurs adverses. En revanche, celui des soldats s’avère plus complexe. Il leur faut non seulement accomplir des missions pour espérer l’exfiltration en hélicoptère, mais aussi repousser les gardes contrôlés par l’I.A. et bien sûr la terrible créature. Un jeu de chat et de la souris puisqu’indéniablement, le Predator mérite bien son staut de chasseur grâce à des outils et à des facultés hors-du-commun, tandis que les humains devront coopérer intelligemment pour s’en sortir.

Incarner un Predator s’avère un fantasme plusieurs fois rendu possible au travers du jeu vidéo. Si la vue à la première personne d’Alien vs Predator, sorti en 2010, n’était franchement pas ratée, IllFonic a ici opté pour une caméra extérieure, sans doute pour une meilleure visibilité de l’action. Trois maps sont disponibles dans Hunting Grounds et celles-ci sont plutôt denses et disposent de plusieurs points stratégiques, aussi bien notre anti-héros doit se mouvoir rapidement dans son environnement pour mieux repérer ses proies. C’est d’ailleurs le premier objectif qu’il se doit d’accomplir : apercevoir ses ennemis dans cette jungle étouffante et, la plupart du temps, la tâche s’effectuera en hauteur. Un système de parkour est ainsi proposé pour virevolter de branche en branche et la vision thermique, ainsi qu’un scanner rechargeable, permettront de s’aiguiller vers la troupe ennemie. Si l’on excepte des animations saccadées (un critère purement graphique) et quelques bugs de pathfinding, cette dimension de repérage est plutôt efficace. Grâce à l’invisibilité temporaire, la sensation de rôder autour de ses victimes, au sol et concentrées sur ses propres objectifs, est assez jouissive. En revanche, le moment fatidique tant attendu, celui de passer à l’action pour faire tomber les têtes, s’avère beaucoup plus brouillon qu’imaginé. 

La triste finalité, c’est que contrôler le Predator n’est pas nécessairement un plaisir à cause de sa précision peu rigoureuse ou de son évolution chronophage, sans parler d’un matchmaking interminable.

Bien maîtriser son arsenal demandera effectivement un certain temps de jeu, surtout, les armes un peu plus intéressantes (mais pas forcément brillamment réussies comme le disque de combat ou l’arc Yautja), qui se débloqueront après de très nombreuses heures de jeu seulement, obligeant à se rabattre longtemps sur des armes peu précises (elles-mêmes n’étant accessibles qu’après des dizaines de parties). Pourtant, les ingrédients de la formule Predator sont bien là et servent au gameplay. Une fois blessé, le sang vert fluorescent de notre bonhomme indiquera ses déplacements et, s’il s’avère vaincu, il pourra déclencher sa fameuse bombe qui tuera tous les joueurs adverses s’il reste dans le périmètre de l’explosion. De même, il est possible d’exécuter ses adversaires tombés au sol en attente d’une réanimation : une cutscene sauvage et satisfaisante mais qui engendra aussi une véritable exposition aux tirs ennemis. Dire que Predator Hunting Grounds n’a pas été pensé intelligemment serait de bien mauvaise foi, de nombreux bonus et malus s’avèrent à coup sûr pertinents. Pour autant, il souffre surtout d’autres problèmes plus drastiques, impactant les sensations de jeu pures et dures, qui le desservent parfois beaucoup. La triste finalité, c’est que contrôler le Predator n’est pas nécessairement un plaisir à cause de sa précision peu rigoureuse ou de son évolution chronophage, sans parler d’un matchmaking interminable et agaçant (environ six minutes pour trouver une partie dans laquelle incarner le Predator, même après la mise à jour !). Des points qui viennent ternir d’office le tableau et qui pourraient en décourager plus d’un. 

ET LE MAUVAIS CHASSEUR…

S’en suit alors l’autre facette, plus humaine, c’est-à-dire celle permettant de faire équipe avec trois autres commandos. Ici, la dimension de jeu change complètement : Predator Hunting Grounds devient un pur FPS terre-à-terre dans lequel il est disponible de se constituer des classes faites d’une arme principale (un fusil d’assaut ou un fusil de sniper), d’une arme secondaire (un pistolet, une mitraillette ou un fusil à pompe) et d’accessoires bonus à débloquer au fur et à mesure des niveaux comme des grenades, des sacoches de munitions ou encore des trousses de soin. Dans chaque catégorie d’armes, une poignée de pétoires existent et disposent toutes d’améliorations concernant les lunettes, les types de chargeur ou l’embout de canon. C’est classique, pas très exaustif mais suffisamment pour apporter un petit peu de profondeur à un gameplay très banal dans sa réalisation. En tant que shooter pur et dur, le jeu d’IllFonic s’en sort tout juste avec les honneurs : nous sommes ici sur le b.a-ba du FPS, exécuté correctement mais loin, très loin d’être sensationnel. Et si vous couplez cela à une technique qui dépendra grandement de la version à laquelle vous jouez – un sujet dont nous parlerons plus tard – le feeling peut alors de prendre un sérieux uppercut dans le nez.

À nouveau, cette sensation d’être inférieur, de distinguer fébrilement une silhouette transparente voguant d’arbres en arbres autour de soi, d’entendre des bruits d’une technologie inconnue avant de s’engager dans un combat décisif s’avère particulièrement stimulante.

Toutefois, force est de constater qu’un véritable effort a été fait dans l’architecture des parties. De nombreux objectifs aléatoires sont alors demandés (détruire des disques durs, ouvrir des coffres pour récupérer des données sensibles, collecter et analyser des échantillons, détruire des laboratoires, etc.) à des endroits différents de la carte, permettant de varier correctement les situations. Si l’I.A, franchement abrutie, ne présente pas souvent une véritable menace, les altercations avec le Predator viennent alors mettre de sacrés bâtons dans les roues de nos commandos. À nouveau, cette sensation d’être inférieur, de distinguer fébrilement une silhouette transparente voguant d’arbres en arbres autour de soi, d’entendre des bruits d’une technologie inconnue avant de s’engager dans un combat décisif s’avère particulièrement stimulante. De plus, les développeurs ont pensé à plusieurs façons de terminer une partie, toutes assez satisfaisantes : attendre l’hélicoptère pour quitter la jungle au grand dam du Predator, ou bien… en mettre à terre ce dernier. Lorsque le vil ennemi s’apprête à passer l’arme à gauche (et il n’est pas si invincible que cela), deux solutions s’offrent à vous : la première est de lui ôter son masque pour éviter l’autodestruction et de l’achever une bonne fois pour toutes, menant alors à l’exfiltration de son cadavre que l’on se devra de conserver en bon état. La deuxième consiste simplement à échapper à l’explosion, soit en désactivant son compte-à-rebours grâce à un stressant mini-jeu, soit en échappant à toute berzingue au rayon de la déflagration. Dans tous les cas, la victoire du côté des soldats émane d’une tension plutôt bienvenue, assez amusante, que l’on se doit de souligner.

La victoire du côté des soldats émane d’une tension plutôt bienvenue, assez amusante, que l’on se doit de souligner.

Predator Hunting Gounds s’appuie sur plusieurs points malins et plaisants donc, mais souffre aussi de tares difficilement pardonnables. Par-dessus tout, sa technique siège confortablement en tête de liste. Non pas que le jeu ne soit pas beau, bien au contraire, il est beaucoup trop gourmand pour tourner correctement sur PS4. Que ce soit sur le modèle Pro ou Standard, la jungle dense et ambitieuse de la map débouche sur une calamité graphique de tous les instants. Bien en dessous des 30fps (et certainement pas constant), le framerate participe grandement à ce feeling inconcevable pour un FPS de 2020, le ramenant facilement une génération en arrière. Pire encore, l’aliasing sincèrement douloureux et omniprésent rend la lecture de l’environnement anarchique. Un résultat visuellement agressif, particulièrement dommageable, car sur PC, l’expérience se voit tout à fait différente, bien plus accessible. Mais en l’état, Predator Hunting Grounds aurait sérieusement dû faire des concessions dans ses décors – ou s’investir davantage dans l’optimisation sur consoles – pour assurer un minimum le potentiel de ses idées. Les graphismes ne font pas les bons jeux, c’est certain, mais l’aspect graphique doit définitivement s’accorder à leur support pour ne pas paraître trop prétentieux et faire alors office de boulet.

Heureusement, nous vivons dans une époque ou moult problèmes peuvent être corrigés grâce aux mises à jour. Si l’on doute qu’IllFonic puisse retaper totalement leur titre, nous avons bon espoir pour que la firme s’attèle à de nombreux patchs s’attardant sur les problèmes primordiaux énoncés plus hauts, matchmaking compris. Puis, il y a aussi ce contenu dont font partie les lootboxes (permettant de récupérer des bonus cosmétiques), qui peinent à rassasier véritablement les joueurs. Il faudrait sans doute beaucoup plus d’items, y compris des armes, plus originaux encore pour les soldats comme pour les Predators, pour entretenir la communauté sur la durée. Predators Hunting Grounds n’est pas foncièrement mauvais : il s’appuie sur certaines idées bien pensées et stimulantes, malheureusement tirées vers le bas par un gameplay moyen et une technique fâcheuse sur PS4. Espérons vraiment que le soft se bonifie avec le temps… 

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