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Berserk : Retour sur la saga et ses dérivés, en hommage à Kentaro Miura


La semaine dernière, nous apprenions le décès du célèbre mangaka Kentaro Miura d’une rupture aortique, le 6 mai 2021, à l’âge de 54 ans. Nous vous proposons donc, cet article afin de rendre hommage à l’homme et l’artiste qu’il était ainsi qu’un flashback sur son œuvre Berserk, la référence du manga de dark fantasy.

BERSERK, c’est quoi ?

Berserk se situe dans un univers de dark fantasy et nous conte l’histoire de Guts, fils d’une pendue, qui n’a connu que torture et désespoir depuis sa plus tendre enfance, jusqu’au jour où il croise le chemin de Griffith, un jeune homme à l’apparence angélique et chef de la troupe du faucon, une bande de mercenaires à la solde du royaume de Midland. Guts se liera d’amitié avec les membres de la troupe et rencontrera son amante, Casca. Il gravira rapidement les échelons et deviendra le bras droit de Griffith. Mais un jour, désireux de prendre son envol, il tournera le dos à son leader et cet acte aura des répercussions irréversibles aussi bien dans son entourage que dans le monde qui l’entoure.

Le parcours de Kentaro Miura

Kentaro Miura est né le 11 juillet 1966 à Chiba au Japon. Fils d’un story-boarder publicitaire et d’une professeure d’art plastique, Miura développe un goût prononcé pour le dessin dès son plus jeune âge. À l’âge de 10 ans, alors qu’il n’est qu’un élève de primaire, il dessine son premier manga, Miuranger, pour ses camarades de classe, l’œuvre se déclinera en 40 tomes. Sa marque de fabrique est fortement inspirée par les travaux de Go Nagai, mangaka majeur des années 70 et auteur de Goldorak ainsi que Devilman, pour ne citer qu’eux. En 1979, le jeune Miura, se lance dans un nouveau récit : Ken e No Michi, un manga réalisé à l’encre indienne et en profite pour se familiariser avec les méthodes des mangakas professionnels. C’est en 1982 qu’il intègre un lycée artistique, où il est entouré de camarades de classes qui ont le même but que lui : devenir mangaka. Il y fait une rencontre qui le marquera à jamais, celle de Kôji Mori qui selon Miura : “était un peu comme un chanteur de chez Johnny’s” (agence d’idoles masculines au Japon). De cette rencontre naît un groupe de cinq amis aux mêmes objectifs, ce qui lui inspirera la troupe du faucon : l’un d’entre eux arbore des traits fins avec des cheveux attachés, le nez en trompette et inspire le design du personnage de Judeau; un autre grand et mince affiche un air arrogant à l’instar de Corkus et un dernier au visage espiègle et une coupe au bol n’est pas sans rappeler Rickert.

Alors que ses amis s’adonnent aux relations juvéniles amoureuses, Miura y reste insensible tant il est happé par sa passion. Nul ne peut rivaliser avec son coup de crayon qu’il ne cesse de peaufiner et c’est bien cette passion qui lui permet de sortir du lot, dans une classe artistique peuplée d’égos exacerbés. Le lycée sera aussi un moyen pour Miura d’étendre ses connaissances culturelles. En effet, évoluant dans une classe de passionnés d’art de manière générale, les échanges en matière de livres et de cinéma fusent. Convaincu, qu’il manque de substances pour arriver à ses fins, il se plonge dans un univers cinématographique et littéraire et y puise des ressources artistiques pour son monde de Dark Fantasy qui seront exploitées par la suite dans Berserk. Le groupe est exalté par la diversité de ses talents où chacun aspire à donner le meilleur de lui-même. Miura vit alors une période initiatique et propice à la réalisation de son rêve contrairement à son compagnon de route Kôji Mori. Ce dernier excelle en tout et s’avère être un rival de taille. Mauvais garçon, bagarreur, il ne démérite pas d’un certain charme. Néanmoins, déterminé à devenir mangaka, il dort peu, a un rythme de vie effréné, mais cela ne l’empêche pas de rejoindre Miura le soir afin d’étudier le dessin manga, un comportement qui force le respect de Miura. Face à ce compagnon charismatique et intelligent, Miura se sent inexplicablement inférieur et met tout en œuvre pour le surpasser. L’unique façon de rivaliser avec lui est de s’écarter progressivement du joug de son magnétisme et de se plonger corps et âme dans l’univers impitoyable du manga.

Bien que rivaux, ils présenteront un premier manga commun à la maison d’édition Kodansha, qui a pour thème la science-fiction, Koji Mori s’occupe des ébauches et des dessins tandis que Miura se charge des décors. Malheureusement pour les deux camarades de classe, le récit se verra éliminé pendant la dernière sélection.
Cette expérience lui inspire par la même occasion la relation Griffith/Guts, le mangaka se sentira tantôt dans la peau de Guts, tantôt dans celle de Griffith. Cette rivalité perdurera jusqu’à la fac où un revirement de situation s’opérera, en effet, Koji Mori trouvera un job de salary-man avec un salaire confortable qui le détournera de son objectif initial, ce revirement sera d’ailleurs mis en exergue dans les pages du manga Berserk. Vous l’aurez compris, la troupe du faucon apparaissant dans l’arc de l’âge d’Or de Berserk résonne comme un parallèle avec son passé d’étudiant, car selon Miura : “si on ne peut pas voir son histoire personnelle comme un récit, on ne peut pas devenir mangaka.”

Le début du rêve

En 1985, Kentaro Miura est admis aux cours d’art de l’université Niho Daigaku où il entame deux one-shot : Futatabi et Noa – œuvres brillantes probablement à l’origine de son admission à l’université en premier lieu. Un magazine Shonen décerne à Miura le prix du meilleur nouvel auteur pour Futatabi et Noa fait l’objet d’une publication vers la fin de l’année. Cependant, cette publication reste éphémère, suite à un différend entre Miura et l’un des éditeurs, aucune autre œuvre ne sera publiée par la suite. Ce n’est que dans le courant de l’année 1988 que la première ébauche de Berserk, ‘Berserk : The prototype, voit le jour, un one-shot de 48 pages et obtient le prix du Comi Manga School. Nous sommes à présent en 1989, Miura est diplômé de son cursus et débute sa carrière de mangaka avec Oh-roh, un manga scénarisé par l’auteur de Ken le Survivant, Yoshiyuki Okamura aka “Buronson”. Oh-roh sera publié dans les numéros 5 et 7 du magazine mensuel japonais, Animal House de la maison d’édition Hakusensha et aura droit à son volume relié la même année. C’est dans le 10e numéro d’Animal House de 1989, que le premier chapitre de Berserk voit le jour.
Du 2e au 6e numéro d’Animal House en 1990, une suite à Oh-roh, intitulée Oh-roh Den, est publiée et ce dernier fait l’objet d’un volume autonome la même année. Le premier volume de Berserk sort également cette année, malheureusement pour Miura, celui-ci fait une apparition discrète dans le paysage de la bande dessinée japonaise. De plus, le magazine Animal House est sur le point de se faire supplanter par le magazine, Young Animal et Miura se retrouve le dos au mur : soit il poursuit son œuvre Bersek, en reprenant de zéro, soit il planche sur les scenarii de “Buronson” avec qui il a déjà travaillé. Conscient des lacunes de sa première œuvre, une trame narrative quelque peu défaillante, Kentaro choisira donc, la deuxième proposition afin d’apprendre du maître du manga d’anticipation et de parfaire son récit.

Le concept de Berserk

À présent, nous allons faire un léger bond dans le passé et revenir en 1988 pour comprendre le concept de Berserk. Cette année est marquée par la sortie du film Evil Dead 2, les retours critiques et publics sont plus que positifs, mais Miura ne voit pas le film de cet œil. En effet, lors de la scène finale, Miura ne peut s’empêcher de remarquer les similitudes avec le manga qu’il vient d’envoyer aux éditions Hakusensha. Ash, le héros du film, au bras droit coupé à la tronçonneuse et au fusil à pompe dans le dos n’est pas sans rappeler le personnage de Guts amputé également d’un bras et flanqué d’une arbalète avec une épée géante dans le dos. L’auteur est ipso-facto effrayé à l’idée que l’on puisse l’accuser de plagiat.

Pour rappel, les films occidentaux des années 80 constituent une source d’inspiration majeure pour l’industrie audio-visuelle japonaise, aussi bien sur le plan vidéoludique que cinématographique. Les films Godzilla de l’ère Eisei sont hautement inspirés de Star Wars, Alien, Indiana Jones et Terminator et côté jeux vidéo, pour ne citer que lui, Metal Gear tire son inspiration du film Les Oies Sauvages. Miura, quant à lui, est fortement influencé par les productions de ‘Disney, l’univers de Tim Burton, Star Wars ainsi que par le cinéma de Sam Raimi dont de nombreuses scènes inspireront des passages et couvertures des tomes de Berserk‘. Dans une interview, Kentaro Miura confie s’être intéressé aux contes de fée et aux films fantastiques à défaut de faits historiques pour son univers. Aux sources de son inspiration pour son univers sinistre, nous retrouvons : Guin Saga, Excalibur ou encore Conan le Barbare, et ce sont bien ces films qui l’ont amené à écrire de la Dark Fantasy.

À une époque où Ken le survivant est le manga le plus populaire, force est de constater que le défi ne relève pas de la narration, mais du concept qui fera mouche auprès des lecteurs. Pour Ken, c’était l’hokuto, le fait d’envoyer valser ses ennemis à la force de ses poings et pour Guts alias le “Guerrier Noir”, son arbalète et son immense épée, la trancheuse de dragon. Ce n’est qu’une fois son protagoniste défini que Miura s’est intéressé au sens de l’épopée de son héros, à savoir : la vengeance et la haine. Ce qui lui a permis d’exploiter une structure narrative singulière, en effet, lors de ses affrontements, Guts devient plus féroce que certains monstres qui quant à eux s’humanisent à mesure que le combat avance.
C’est grâce à l’exploitation de toutes ces influences qu’en 1992, Berserk opère un retour en force avec l’arc de l’âge d’or qui est un succès et propulse la série au rang de manga culte.

Des adaptations qui peinent à trouver leur place

C’est en 1997 que Berserk jouit d’une adaptation animée de 25 épisodes produite par Oriental Light and Magic, la série retrace les 13 premiers tomes consacrés à l’arc de l’âge d’or. Cette dernière est plaisante à regarder et rend hommage au matériel original, de plus l’ost de Hirasawa, pour le moins anachronique, réussit à nous séduire en offrant des morceaux emblématiques, tels que : le thème de Guts. L’arc d’or fera par la suite l’objet d’une trilogie en 2012 avec des films mélangeant CGI et animation 2D, produits par studio 4°C, coté bande-son nous retrouvons les compositions d’ Hirasawa et Shiro Sagisu qui subliment affrontements et scènes culte. La suite des films sera quant à elle, adaptée en série animée en 2016, malheureusement, la qualité ne sera pas au rendez-vous. En effet, l’adaptation témoigne d’un scénario décousue et ne rend pas grâce au manga, faute attribuable à des coupes budgétaires, un choix de musique parfois discutable, une mauvaise gestion de la caméra, ainsi que des animations en CGI non finalisées.

Pour finir, le manga de Kentaro Miura connaît les joies de l’adaptation vidéo-ludique avec Sword of the Berserk : Guts’ Rage sur Dreamcast qui nous conte une histoire originale où notre héros emblématique est comme à l’accoutumée, contraint de protéger sa chère et tendre Casca. Berserk Millennium Falcon sortira exclusivement au Japon sur Playstation 2 et proposera un gameplay façon Devil May Cry tout en reprenant l’histoire à partir du tome 14. Enfin, la dernière adaptation en date, Berserk and the band of the hawk est un beat’em all de type Musou qui nous plonge dans la trame de l’âge d’or, tout en adaptant les autres arcs narratifs, avec pour la première fois jouables la troupe du faucon ainsi que les autres compagnons d’arme de Guts tel que Serpico ou encore Shierke.

Un univers dense et inspirant

Berserk est une œuvre unique en son genre qui dépeint un univers impitoyable où les ténèbres et la lumière s’entrechoquent pour annihiler tout espoir de paix. Cet univers de dark fantasy fait la part belle aux côtés les plus sombres et violents de l’être humain tout en gratifiant les efforts nécessaires à sa survie. Le monde horrifique de Kentaro Miura ne cesse de repousser les limites de notre imagination pour ainsi nous surprendre. De plus, les personnages sont en tous points réussis tantôt dans leur design tantôt dans leur personnalités, ce qui les rend d’autant plus captivants et intéressants à analyser. Les arcs narratifs s’enchaînent avec brio et le rythme effréné des combats psychologiques et physiques où rien n’est joué à l’avance happe les lecteurs et force une double lecture. C’est grâce à ces artifices que l’univers de Miura ne cesse de déchaîner les passions depuis tant d’années. Pour finir, le travail de Kentaro Miura a influencé énormément d’artistes et d’œuvres, et Berserk a souvent été utilisé comme référence dans le paysage vidéo-ludique à l’instar des licences Dark Souls, Final Fantasy ou encore Monster Hunter.

Berserk est sûrement l’un des mangas les plus influents de ces dernières années, son univers macabre, envoûtant, sa philosophie et ses personnages ont laissé une marque indélébile dans le paysage de la pop-culture faisant d’elle une œuvre intemporelle qui n’a cessé de nous étonner ces 30 dernières années. Pour l’heure, Berserk totalise 40 tomes reliés et 363 chapitres. Malgré le décès de l’auteur, l’œuvre publiée par les éditions hakusensha pourrait avoir un chapitre final, et ce, par l’un des assistants du défunt Miura, @MRko_aki__ sur Twitter, à qui il aurait divulgué le destin Guts. Pour finir, nous ne pouvons que vous conseiller de plonger ou bien de replonger dans ce chef-d’œuvre à l’aura éternelle.

sources :

Crunchyroll – Interview avec Kentarô Miura dans le Young Animal – Partie 1

Crunchyroll – Interview avec Kentarô Miura dans le Young Animal – Partie 2

apresleclipse

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