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Oddworld, une série mythique et unique

19 septembre 1997, date de naissance d’une nouvelle légende ! Les joueurs ne le savaient pas encore, mais Abe, un héros chétif, particulièrement laid et à la bouche cousue, allait, de sa main à quatre doigts, marquer l’histoire du jeu vidéo, rien que cela ! Pourtant ce magnifique destin était loin d’être évident, puisqu’Oddworld : L’Odyssée d’Abe, la première aventure de notre héros (maintenant) préféré, s’éloignait grandement du carcan habituel. De cela, Lorne Lanning et Sherry McKenna, les deux créateurs de la licence, en étaient parfaitement conscients. Mais ils ont tout de même tenté le tout pour le tout… et ils ont eu raison.

Aujourd’hui encore, Abe continue de s’aventurer sur nos plateformes bien-aimées. De ce côté, l’année 2020 est peut-être le meilleur exemple puisque l’univers de la saga revenait à trois reprises sur Nintendo Switch avec les versions HD d’Oddworld : Stranger’s Wrath et d’Oddworld : Munch’s Oddysee, mais aussi avec Oddworld : New ‘n’ Tasty !, le remake du premier épisode. Trois titres qui reverront une fois de plus le jour sur la console hybride de Nintendo le 27 mai prochain avec une compilation nommée Oddworld Collection. On peut donc se demander comment la licence vieille de plus de vingt ans, devenue experte en recyclage depuis 2010, continue à attiser la passion des joueurs, et ce, même encore aujourd’hui ! Pour cela, rien de plus simple, il suffit de faire un voyage dans le temps et de découvrir ensemble la genèse du tout premier opus.

Oddworld : L’Odyssée d’Abe, un chef-d’œuvre pas comme les autres

Nous sommes donc en 1994 et Lorne Lanning, actuellement au service de la société Rhythm & Hues, une société spécialisée dans les effets spéciaux à qui l’on doit notamment le film Babe, décide de changer de vie pour bâtir à son tour son propre studio : un studio de jeu vidéo. Pour ce faire, il compte s’associer à Sherry McKenna, une productrice chez Universal qui, selon Lorne Lanning, était particulièrement difficile à convaincre.

Seulement voilà, il m’a fallu quelques années pour la convaincre et lui faire comprendre que les jeux vidéo étaient une opportunité viable pour le futur. Elle n’y voyait, au départ, aucun intérêt. C’est lorsque je lui ai présenté le scénario de L’Odyssée d’Abe qu’elle a été conquise, et a accepté de se lancer dans l’aventure ! Lorne Lanning, lors d’une interview réalisée par Pix’n Love

De là, Oddworld Inhabitants est né ! Et le développement d’Oddworld : L’Odyssée d’Abe est en marche. Cependant, contrairement à ce qui se fait du côté de la concurrence, on pense évidemment à Tomb Raider ou encore à Crash Bandicoot, le projet de Lorne Lanning et Sherry McKenna est aux antipodes des productions actuelles. Abe est bien loin de la femme fatale qu’est Lara Croft et l’univers dans lequel il évolue est à l’exact opposé de ce que propose le jeu de Naughty Dog. Le monde d’Oddworld : L’Odyssée d’Abe est sombre ! Il propose aux joueurs d’incarner Abe, un héros fragile et peureux, esclave d’une usine dont le responsable est prêt à tout pour générer du profit, à commencer par mettre en place une recette à base de Mudokon, ses employés. Sur le papier donc, rien ne va. Par manque de moyen, Oddworld : L’Odyssée d’Abe délaisse en plus la 3D, un aspect particulièrement à la mode avec l’arrivée de la cinquième génération de consoles, au profit de la 2D. Autrement dit, le titre s’inscrit plus dans la continuité d’un Prince of Persia, d’un Flashback ou des productions d’Éric Chahi (Another World) plutôt que dans celles du moment. Pourtant, rien n’arrête notre duo de développeur.

Nous avons estimé que les jeux en 2D n’avaient pas encore démontré tout leur potentiel. Tout le monde était enthousiasmé par la 3D en temps réel, c’est vrai, mais nous n’aurions jamais pu atteindre le même rendu qu’en 2D. Lorne Lanning, lors d’une interview réalisée par Pix’n Love

Et encore une fois, Lorne Lanning avait raison. Lors de sa première présentation réalisée à l’E3 1997, Oddworld : L’Odyssée d’Abe, le titre qui devait autrefois s’appeler SoulStorm (cela vous rappelle quelque chose ?), fait l’effet d’une bombe. La 2D maitrisée regorgeant de détails, la direction artistique fabuleuse dévoilant des décors s’étalant à perte de vue, ainsi que le concept novateur du titre attire l’œil de la presse, mais aussi des plus grands, à commencer par Sony qui s’arrache l’exclusivité pour sa première PlayStation. Trois mois plus tard, le 19 septembre 1997, c’est au tour des joueurs de découvrir cette aventure étonnante qui a tout d’inhabituel. Pourtant, il ne suffit que de quelques secondes seulement pour être émerveillé par cette dernière. Dès le menu, Abe s’approprie la sympathie des joueurs en les saluant et en interagissant avec eux. Deux éléments qui ont fait le succès du jeu de plates-formes puisque le moteur A.L.I.V.E. (Aware Lifeforms In Virtual Entertainment), un moteur qui améliore l’intelligence artificielle, permet aux joueurs d’interagir avec tout et n’importe quoi. Il est par exemple possible de discuter avec ses semblables grâce au système GameSpeak – un système qui permet aussi bien d’exprimer la colère, de donner des ordres et de lâcher des pets (oui, on peut faire ça aussi) – ou de prendre possession des Sligs, des créatures armées jusqu’aux dents. Dans tous les cas, votre objectif est de fuir cet enfer contrôlé par le terrible Molluck, grand méchant du jeu, tout en sauvant un maximum d’alliés (100 en tout) pour espérer obtenir la meilleure fin possible. Eh oui, Oddworld : L’Odyssée d’Abe est en plus livré avec deux fins distinctes, une particulièrement tragique et une pleine d’espoir.

“Salut ! Salut. Suis-moi ! Ok.”

Comme nous l’avons précisé plus tôt, GameSpeak, le système permettant aux joueurs d’adresser la parole aux autres Mudokons est une véritable réussite. Pas seulement parce qu’il offre des possibilités uniques, mais aussi parce que cette fonctionnalité est livrée avec des doublages remarquables. La voix américaine d’Abe est par exemple doublée par Lorne Lanning en personne, et ce que l’on peut dire, c’est qu’il s’en donne à cœur joie pour apporter du corps et du caractère à son héros. En France, c’est Jean-François Kopf qui s’y colle ! Si vous ne connaissez pas le monsieur, sachez qu’il était tout simplement la voix officielle de Mickey Mouse dans les années 1990, excusez du peu ! Et tout comme Lorne Lanning, Jean-François Kopf a donné le meilleur de lui-même, ce qui a largement contribué au succès de la licence Oddworld dans nos contrées. D’ailleurs c’est aussi pour cette raison que les fans pestent aujourd’hui contre l’absence de doublage français dans les versions plus récentes. Eh oui, la langue de Molière est de l’histoire ancienne pour notre cher Abe.

Bien évidemment, Oddworld : L’Odyssée d’Abe a bien d’autres atouts que ses mécaniques de jeu, qui précisons-le, fonctionnent à merveille. Le jeu n’est pas qu’un pur produit de divertissement qui propose aux joueurs d’enchaîner les tableaux et les énigmes pour venir à bout du scénario, mais décide par la même occasion de dénoncer avec un humour corrosif le capitalisme ou plutôt les hommes qui sont à la tête de ce régime économique. Une pratique qui, à la fin des années 1990, n’était pas encore monnaie courante. Il faut dire que le jeu vidéo, contrairement à aujourd’hui, était encore vu d’un mauvais œil et ne partageait que rarement des messages un brin plus politiques.

Avec un tel engouement critique et commercial pour son tout premier jeu, Lorne Lanning, dès la parution de son chef-d’œuvre, décide d’attaquer la suite, à savoir Oddworld : L’Exode d’Abe. En effet, c’est seulement quatorze mois après le lancement du premier opus qu’un nouveau jeu Oddworld voit le jour. Tout aussi magistrale, cette nouvelle aventure est encore une fois encensée par la critique. Elle vous propose une nouvelle fois d’épauler notre cher Abe, et d’aider les Mudokons à retrouver leur liberté. Au programme donc, plus de tableaux, plus d’énigmes, et plus de personnages à sauver.

Gaming Live d’Oddworld : L’Exode d’Abe

Les années 2000, une étape difficile pour Oddworld Inhabitants

Tout s’annonçait pour le mieux pour la société de Lorne Lanning et de Sherry McKenna – les deux premiers Oddworld sont tout simplement de véritables cartons – et pourtant, comme beaucoup d’autres, Oddworld Inhabitants n’arrive pas à joindre les deux bouts lors de l’arrivée de la sixième génération de consoles (PlayStation 2, Xbox et GameCube). Les codes ont changé, la 3D s’est démocratisée et la société est rachetée par Infogrames Entertainment en 1999. Malheureusement, l’éditeur français se retrouve rapidement face à des difficultés financières et, par conséquent, est obligé de réduire drastiquement les budgets de ses jeux, à commencer par ceux de notre studio du jour. Plusieurs titres d’Oddworld Inhabitants sont alors annulés comme Hand of Odd, et d’autres paraissent de justesse grâce à un partenariat avec Microsoft (voir encadré de notre test de la version Nintendo Switch d’Oddworld : Munch’s Oddysee). La licence, alors autrefois réservée aux machines de Sony, devient exclusive aux plateformes de jeu de Microsoft. Oddworld : Munch’s Oddysee accompagne donc le lancement de la première Xbox, et même si le titre trouve une fois de plus son public – la saga conserve tout de même son aura de légende auprès des joueurs – le résultat n’est pas celui escompté. Le parc de console installé n’est pas aussi imposant que celui de la première PlayStation et les critiques ne sont pas dithyrambiques. De son côté, Lorne Lanning reconnaît même avoir été trop ambitieux pour ce jeu proposant un monde semi-ouvert.

Vous l’avez sûrement compris, avec Oddworld : Munch’s Oddysee, la franchise maintenant emblématique change complètement la recette proposée par les deux premiers opus de la série. La 2D est délaissée pour mettre en place un monde en trois dimensions, et Abe – bien qu’il revienne en tant que personnage jouable – se fait voler la vedette par un nouveau venu, le dernier des Munchs. Un petit monstre aussi étrange que mignon que l’on peut contrôler à tout moment pour explorer des zones aquatiques ou pour résoudre des énigmes, parce que oui, pour avancer, nos deux héros devront sans cesse s’entraider.

En plus de Munch, d’autres nouvelles espèces font également leur apparition dans ce troisième épisode, ce qui permet à notre cher Lorne Lanning d’introduire le quatrième et dernier opus de la série : Oddworld : Stranger’s Wrath, un titre sorti en exclusivité sur Xbox le 25 janvier 2005. Ici encore, la formule proposée est diablement différente de ce à quoi nous étions habitués. Au premier regard même, on a l’impression d’être dans un tout nouvel univers. Les usines de fabrication de viandes ainsi que les tons gris ont disparu, remplacés par des étendues désertiques qui rendraient jaloux notre bon vieux Arthur Morgan. Abe, notre héros préféré a en plus pris sa retraite pour laisser agir l’Étranger, un chasseur de primes inconnu au bataillon à la voix extrêmement rauque. Le genre a, lui aussi, évolué. La partie plates-formes, bien qu’encore présente, est minoritaire, et les énigmes, elles, sont complètement passées à la trappe. Oddworld : Stranger’s Wrath est donc un FPS, saupoudré de quelques phases d’infiltration qui propose aux joueurs de capturer des petites bêtes pour les transformer en munitions. L’univers de cet opus est encore une fois une réussite, le lore apporté ne fait qu’enrichir ce monde déjà extraordinaire, l’ambiance à la sauce western spaghetti est parfaitement maitrisée et les nouveaux personnages font constamment sourire. Mais encore une fois, malgré d’innombrables qualités, le titre n’est pas une réussite commerciale.

Lorne Lanning avait pour objectif de vendre au moins 1,6 million d’unités de sa dernière création pour la rentabiliser, mais malheureusement, la version Xbox du jeu atteint difficilement la barre des 600.000 exemplaires vendus, et encore, seulement en 2012. Pour notre développeur, la faute revient entièrement à Electronic Arts, l’éditeur du jeu, qui a choisi d’annuler le développement de la version PlayStation 2 du titre et n’a pas mis les moyens nécessaires pour vendre le produit. Quelques semaines seulement après le lancement d’Oddworld : Stranger’s Wrath, en mars 2005, Oddworld Inhabitants met la clef sous la porte. Les faibles ventes de son dernier produit ainsi que les différends avec les éditeurs, et plus notamment avec Electronic Arts, ont poussé le créateur de la licence Oddworld à mettre un terme à son rêve. Mais heureusement pour nous, Lorne Lanning a plus d’un tour dans son sac !

Oddworld : Stranger’s Wrath HD – La version Nintendo Switch en images

La renaissance d’Oddworld Inhabitants

Nous sommes maintenant en 2010 et un nouveau studio ouvre ses portes, un certain Oddworld Inhabitants ! Non, nous ne sommes pas dans une boucle temporelle du MCU ! C’est bel et bien Lorne Lanning qui décide de faire son grand retour dans le monde du jeu vidéo cinq ans après la fermeture de sa propre maison. Seulement ici, les objectifs sont bien différents puisque le vétéran de l’industrie se lance en tant qu’indépendant pour autofinancer ses projets et gérer seul la partie marketing.

Ce qui nous tient à cœur, c’est de créer quelque chose qui aura du sens pour nous et qui plaira au public. Et le seul moyen de maintenir cette idée est de conduire notre propre navire et de ne pas dépendre d’un partenaire qui pourrait le faire à notre place. Lorne Lanning, lors d’une interview réalisée par GamesIndustry.biz

Pour mettre en place cette initiative, il faut bien évidemment de l’argent. Et pour cela, remercions l’ère du numérique. Épaulé par la marque PlayStation, Oddworld Inhabitants décide de mettre à disposition des joueurs sur le Store de la PlayStation 3 ses gloires du passé, à savoir les versions PlayStation de L’Odyssée d’Abe et de L’Exode d’Abe. Les ventes de ces derniers permettent notamment de financer un premier gros titre qui sera développé par Just Add Water : Oddworld : New ‘n’ Tasty !, le remake du premier épisode sorti pour la première fois sur PlayStation 4. Notre créateur du jour réitéra l’opération gagnante pour éditer un titre à gros budget dévoilé pour la première fois en 2017 par le biais d’un teaser particulièrement macabre et oppressant que l’on vous laisse découvrir par vous-même.

Un teaser qui donne le ton pour Oddworld : SoulStorm

Oddworld : Stranger’s Wrath HD débarque donc sur PC en 2010, puis sur PlayStation 3 en 2011 et sur PlayStation Vita en 2012. Huit ans plus tard, le jeu fait également son entrée sur Nintendo Switch. Même scénario pour Oddworld : Munch’s Oddysee HD qui après un lancement sur PC en 2010 se retrouve par la suite sur Nintendo Switch en 2020. De son côté, Oddworld : New ‘n’ Tasty ! arrive sur PC, PlayStation 3, Xbox One, PlayStation Vita, Wii U et Nintendo Switch au fil des années, soit entre 2015 et 2020. Au regard des joueurs, le studio, autrefois légendaire, ne fait plus que dans la réédition, mais comme nous l’avons précisé plus haut, cette stratégie a permis de concevoir un nouveau projet de grande envergure, le remake de L’Exode d’Abe. Un remake qui, contrairement à son grand frère, n’hésite pas à prendre de nouvelles initiatives.

Aujourd’hui donc, notre valeureux Mudokon foule fièrement nos PC ainsi que les dernières consoles de Sony avec Oddworld : SoulStorm. Cette nouvelle proposition qui ajoute quelques nouveautés comme le crafting, on la doit notamment à Lorne Lanning et Sherry McKenna, deux créateurs qui n’ont jamais baissé les bras, mais aussi aux fans de la première heure qui ont toujours adulé ce héros aux yeux globuleux. Un héros qui a marqué les esprits par son caractère pas comme les autres et par son parler si unique. Un héros qui, bien que fragile, a toujours été à l’encontre des grands de ce monde pour conquérir sa liberté. Un héros que l’on peut facilement comparer à son créateur qui a préféré voler de ses propres ailes pour ne pas être écrasé par l’industrie et pour atteindre ses objectifs premiers : conter de belles histoires et faire des jeux pour les joueurs.

Oddworld Soulstorm PS5 : que vaut le retour de Abe ?

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